Présentation de la proposition de revenu de base de Jean-Luc Bennahmias, président du Front démocrate et candidat à la primaire socialiste.

Alors que le premier tour de la primaire organisée par le Parti socialiste se déroule ce dimanche 22 janvier 2017, nous ne pouvons que nous féliciter du fait que le revenu de base ait été autant au cœur des débats. La campagne de Benoît Hamon a décollé de manière spectaculaire suite à l’annonce de sa proposition de revenu universel d’existence, et tous les autres candidats se sont positionnés par rapport à cette idée (le premier débat télévisé a accordé une large place à cette thématique). Néanmoins, les médias ont trop souvent oublié le fait qu’un autre candidat à cette primaire, Jean-Luc Bennahmias, porte également cette proposition dans son programme.

Jean-Luc Bennahmias est, selon l’expression consacrée, « peu connu du grand public ». Il a pourtant été secrétaire national des Verts, vice-président du Mouvement Démocrate et député européen de 2004 à 2014. En 2014, il crée un nouveau parti, le Front démocrate, participe à la fondation de l’UDE (Union des démocrates et écologistes) en 2015 et se porte candidat à la primaire de la gauche en 2016. Contrairement à la plupart des candidats de cette primaire, il a même récemment écrit un livre pour expliquer ses idées, Un Président devrait dire ça.

Le revenu de base est discutée au sein du Front démocrate depuis sa fondation, c’est donc naturellement qu’il a pris place dans le programme de Jean-Luc Bennahmias. Précisons d’emblée qu’il s’agit bien d’un revenu de base conforme à la charte du Mouvement Français pour un Revenu de Base (MFRB), notamment par son aspect inconditionnel.

Parmi les principaux arguments employés pour défendre le revenu universel, on trouve en premier lieu la lutte contre la pauvreté. Mais le candidat veut aller au-delà de cet unique objectif, en présentant le revenu de base comme un outil d’émancipation, permettant de se préparer à une société où le travail ne serait qu’un des éléments de l’épanouissement individuel. Pour autant, Jean-Luc Bennahmias n’oppose pas le travail et le revenu de base : pour lui, le revenu universel permettrait « de se former et d’entrer dans un monde du travail complexe en ne devant pas choisir entre la survie économique et la formation, de faire face aux imprévus de la vie professionnelle et de la vie personnelle en constituant un filet de sécurité qui rassure et renforce la capacité à renouer avec le succès et d’organiser sa vie personnelle avec un travail à temps partiel ».

Contrairement à ce que la plupart des médias ont relayé, le candidat ne propose pas un montant très élevé. Il vise un revenu de base mensuel entre 500 et 700€, tout en espérant pouvoir aller plus loin, à 750 voire 800€.

Pour le financement, cela reste également relativement flou. Parmi les pistes évoquées, on trouve la fusion des très nombreux dispositifs d’aides sociales existants, « devenus si difficiles à distribuer correctement qu’ils en sont devenus inefficaces », ainsi que les économies générées par la disparition des « énormes dispositifs administratifs nécessaires pour gérer ces dispositifs ».

On peut s’étonner de ces imprécisions. Pourtant cela s’explique très facilement quand on comprend que l’ancien euro-député voudrait que, dans le futur, la France fonctionne comme l’Allemagne et les pays scandinaves, c’est-à-dire soit gouvernée par des coalitions parlementaires. Ainsi, les modalités précises des réformes seraient approuvées par des majorités d’idées, et non pas comme à l’heure actuelle par des députés-godillots aux ordres d’un unique parti. Le bon sens l’emporterait donc systématiquement ou presque, ce qui permettrait de faire progresser le pays avec les meilleures réformes possibles.

A l’instar de Benoît Hamon, pour qui le revenu de base est la « nouvelle sécurité sociale », Jean-Luc Bennahmias fait souvent référence à l’après-guerre, notamment pour répondre aux critiques sur les difficultés de mise en place et sur le caractère utopiste de la mesure : « Lorsque nos grands anciens du conseil de la résistance ont décidé de faire la sécurité sociale, on a dû dire exactement la même chose ». Pour autant il ne minimise pas les difficultés et prône le dialogue avec l’ensemble des acteurs concernés, notamment avec « les fédérations syndicales, avec le patronat, avec l’ensemble des associations qui s’occupent de la pauvreté ». Remarquons que le revenu universel ne représente qu’un pan de son programme économique : il souhaite notamment le coupler à une « sécurité sociale professionnelle », en s’inspirant notamment de ce qui a été fait au Danemark.

Jean-Luc Bennahmias a souvent été désigné avec plusieurs autres candidats (notamment Sylvia Pinel et François de Rugy) lors de cette courte campagne comme un « petit candidat ». Pourtant, son programme contient autant d’idées que les soi-disants « gros candidats ». On peut déplorer que les médias se soient autant focalisés sur certains candidats, au détriment du débat d’idées. Nous espérons que cet article aura apporté des éléments de compréhension supplémentaires, notamment pour les personnes allant voter ce dimanche. Deux candidats sur sept on mis le revenu de base au centre de leur programme, nous ferons en sorte qu’il y en ait encore plus la prochaine fois !

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Photo : CC Matthieu Riegler.