L’italie rejoint la liste des nombreux pays menant des expérimentations locales de revenu de base. C’est au tour de la ville de Livourne de se lancer dans le bain.

Basé sur un article publié à l’origine sur le site du BIEN le 28 décembre 2016 par Andrew Kaplan, traduit par Valentin Guillaume.

Filippo Nogarin, le maire de Livourne, qui a déjà lancé en 2016 une initiative visant à assurer un revenu de base garanti aux 100 familles les plus pauvres de sa ville, s’est déclaré prêt à étendre le dispositif en 2017. Membre du mouvement anti-système Cinq Étoiles (M5S), Nogarin a été élu en 2014.

Le premier programme de revenu de base de Nogarin, qui a commencé en juin 2016 et a duré six mois, a permis de donner une somme d’environ 517 € par mois à chacune des familles concernées. En janvier 2017, le dispositif sera étendu à 100 autres familles. Alors que ce programme est conçu pour fournir un soutien significatif à chaque famille, remarquons que cela ne concerne qu’une fraction minime de la population de Livourne : il y a plus de 150 000 habitants dans cette importante ville côtière.

Nogarin, comme de nombreux partisans du revenu de base, considère l’initiative comme un moyen fondamental pour aider ceux qui sont dans la pauvreté, sans le côté paternaliste des programmes sociaux traditionnels.

« Je n’ai jamais rencontré les bénéficiaires et c’est un point extrêmement important, dit Filippo Nogarin. Je ne veux pas qu’ils me voient comme une figure patriarcale distribuant la charité. C’est la véritable puissance de ce système : c’est la communauté qui aide la communauté. »

Des critiques se font néanmoins entendre au niveau local. Les responsables syndicaux locaux notamment ont de réelles réticences devant le projet du maire, en considérant que le programme est mal dirigé. Notons qu’il s’agit seulement d’un soutien en numéraire et qu’aucun outil spécifique de retour à l’emploi n’est prévu (ce qui correspond à l’idée d’un vrai revenu de base, mais tout le monde ne le comprend pas). Le plus gros problème concerne néanmoins la taille de l’échantillon, mais surtout le fait qu’il s’agisse d’un échantillon sélectionné parmi les familles les plus pauvres. Ce « revenu de base » apparaît donc seulement comme un dispositif supplémentaire de lutte contre la pauvreté, et il peut potentiellement créer des jalousies entre les quelques familles touchant ce revenu complémentaire et les autres familles pauvres de la ville, alors qu’un vrai revenu de base est censé supprimer ces réactions. Notons également que la somme est versée à chaque famille, et donc qu’il n’y a pas d’individualisation, ce qui est un point important du concept.

D’autres municipalités italiennes dirigées par le M5S pourraient suivre l’exemple de Livourne pour tester un programme similaire. Parmi elles, Raguse et Naples sont particulièrement intéressées. Le plus important à retenir, c’est que l’intérêt autour de l’idée du revenu de base ne fait que croître, ce qui est très positif.

Au niveau national, M5S propose un  « revenu citoyen », bien que certains observateurs aient souligné que cette terminologie était assez trompeuse, puisque la proposition du M5S ressemble plus à une prestation de chômage traditionnelle qu’à un véritable revenu de base.

Pour aller plus loin :

Jamie Mackay, “Money for Nothing,” VICE News, 6 décembre 2016.

Sabrina Del Pico, “Italy: 5 Star Movement and the confusing proposal of a citizen’s income,” Basic Income News, 14 mars 2013.


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